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title: De qui dépend un cloud souverain
description: Nos modèles d'IA viennent de Chine, nos puces des États-Unis, et on
  se dit souverains. On explique pourquoi, avec la liste de ceux dont on dépend
  encore.
date: 2026-10-11T00:00:00.000Z
dateModified: 2026-10-11T00:00:00.000Z
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  name: Mathias Pieroni
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section: Opinion
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# De qui dépend un cloud souverain

Les modèles d'IA dont on publie les mesures dans ce carnet s'appellent Qwen. Ils ont été entraînés en Chine par Alibaba, et on s'en sert pour vendre de l'[inférence souveraine](/services/ia-souveraine/). Dit comme ça, ça a l'air de ne pas coller, alors on s'explique.

Un modèle ouvert, quand on l'a téléchargé, n'est plus qu'un fichier. Celui dont on parlait cet été pèse 26 gigaoctets et il est posé sur un disque à Briançon. Sa licence, Apache 2.0, nous laisse l'utiliser et le modifier sans rien demander. Il ne se connecte à rien, et on peut débrancher le câble réseau de la machine, il continue de répondre à celui qui est assis devant. Chez Alibaba, personne n'a de bouton pour l'éteindre et personne ne voit passer les questions.

On ne maîtrise pas ce qu'il a appris, en revanche. Un modèle entraîné en Chine n'a pas lu les mêmes textes qu'un modèle entraîné à Paris, donc il faut l'essayer sur le travail réel avant de s'y fier. Et si un autre fait mieux sur nos machines, on le remplace, ça ne demande l'accord de personne.

À côté de ça, on voit des assistants vendus par des sociétés françaises, facturés en euros, qui envoient chaque question à un modèle américain payé à l'usage. Le jour où l'éditeur retire cette version ou change ses conditions, l'assistant ne marche plus. Sur le papier, il est pourtant plus français que le nôtre.

## Ce que règle la nationalité de l'hébergeur

En France, quand on dit « souverain », on parle surtout de la nationalité de l'hébergeur et du pays où sont ses serveurs. Ça compte vraiment. Le 10 juin 2025, au Sénat, une commission d'enquête sur la commande publique entendait Microsoft France sous serment. Le rapporteur a demandé à son directeur des affaires publiques et juridiques s'il pouvait garantir que les données de citoyens français confiées à Microsoft ne seraient jamais transmises, à la suite d'une injonction du gouvernement américain, sans l'accord explicite des autorités françaises. Il a répondu : « Non, je ne peux pas le garantir, mais, encore une fois, cela ne s'est encore jamais produit. »

Il ne pouvait pas répondre autre chose. Depuis le Cloud Act de 2018, une entreprise américaine doit répondre aux autorités américaines, où que soient ses machines. Une société française qui possède ses serveurs en France n'est pas concernée, et c'est notre cas (les détails sont sur [la page du datacenter](/infrastructure/)).

## Ceux dont on dépend encore

Il y a une autre façon d'être dépendant, qui n'a rien à voir avec les juges. Un hébergeur peut être arrêté par ses propres fournisseurs. Il suffit qu'un éditeur retire un produit de son catalogue, ou qu'il double un prix par courriel. Pour savoir où on en est, on a fait la liste de tous ceux dont il nous faut l'accord pour que ça tourne encore dans un an.

Côté logiciel, il n'y a presque personne. De Linux aux moteurs qui servent les modèles, on travaille avec du logiciel libre. Aucun éditeur ne peut nous retirer une licence, et si un projet prend une mauvaise direction on reste sur la version précédente. L'exception est le logiciel de Nvidia qui fait calculer ses cartes, qui est fermé. Sur notre machine sans carte graphique dédiée, on passe par Vulkan, qui est un standard ouvert ([l'article sur les pilotes](/decouvertes/drivers-gpu/) explique ce choix).

Pour le froid il n'y a personne non plus, on prend l'air du dehors, et l'électricité vient d'abord de nos panneaux. Les machines, elles, sont à nous.

On dépend de quelqu'un pour les puces. Elles sont dessinées aux États-Unis et gravées, pour la plupart, à Taïwan ou en Corée, et c'est vrai pour tous les hébergeurs européens. Le prix de la mémoire a doublé cette année, et quand on en achète on la paie comme tout le monde. On dépend aussi des opérateurs, parce que la fibre qui nous relie au reste du pays n'est pas à nous.

Contre ça, on n'a trouvé qu'une parade, qui est d'avoir besoin de moins de matériel. On choisit des modèles plus petits qui font le même travail, et on achète des cartes d'occasion. C'était le sujet de [notre article sur la sobriété](/decouvertes/sobriete-nest-pas-decroissance/) cet été. Moins on achète de machines, moins on dépend de ceux qui les fabriquent, et c'est pour ça qu'on parle toujours des deux sujets ensemble.

## Nos clients dépendent de nous

Un client qui s'installe chez nous se met à dépendre de nous, il vaut mieux le dire. On essaie au moins de ne pas le retenir. Ce qu'on héberge tourne sur Kubernetes et sur du logiciel libre, comme chez beaucoup d'hébergeurs, donc un client qui veut partir peut remonter ses services ailleurs. Les modèles qu'on sert sont publics, il peut les télécharger et les faire tourner sans nous. Et tant qu'il est là, quand il appelle, il tombe sur quelqu'un qui connaît la machine.

## Les champions européens

Face à la dépendance aux Américains, la réponse qu'on entend le plus souvent est de faire grandir deux ou trois champions européens du cloud. Il en faut, certains besoins demandent cette taille. On ne pense pas que ça suffise.

Pour une mairie ou une PME, ça ne change pourtant pas grand-chose au quotidien. Elle n'a plus à craindre un juge étranger, ce qui est un vrai progrès, mais elle a toujours en face d'elle un fournisseur bien plus gros qu'elle, qui fixe ses prix et ses conditions sans lui demander son avis.

Il y a aussi la question de qui sait faire. Si seules trois entreprises en Europe savent monter un cloud et le tenir, tout le continent dépend de ce que décident leurs trois conseils d'administration. On pense qu'un pays est mieux protégé quand beaucoup d'équipes savent le faire, réparties un peu partout, y compris dans une ville de montagne à 1 326 mètres d'altitude. Le logiciel nécessaire est libre et gratuit. Il manque des gens formés, et des commandes pour les faire vivre.

On a une proposition pour les acheteurs publics : demander à chaque candidat, au gros comme au petit, la liste de ceux dont il dépend et ce qu'il fait si l'un d'eux lâche. Ça tient sur une page et ça se vérifie. Si ça vous parle, on en discute.

## Pour aller plus loin

- [La sobriété n'est pas de la décroissance](/decouvertes/sobriete-nest-pas-decroissance/)
- [Pénurie de mémoire 2026 : quand la sobriété devient un avantage](/decouvertes/penurie-memoire-2026/)
- [Drivers GPU pour l'inférence : Vulkan, ROCm, CUDA, Metal](/decouvertes/drivers-gpu/)
- [Le paysage des modèles ouverts à la mi-2026](/decouvertes/paysage-modeles-ouverts-2026/)
- [Le datacenter solaire de Briançon](/infrastructure/)
- [La charte des valeurs SoberCloud](/RSE/charte-des-valeurs/)
